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GratuitAraminta et l’automobile
Charles Battell Loomis
Adapt
C’était une lettre destinée à encourager un amant hésitant, et Orville Thornton, auteur de « Pensées pour non-penseurs », correspondait assurément à cette description. Il la reçut un mardi et résolut aussitôt de déclarer ses intentions à Mlle Annette Badeau ce soir-là même.
Mais peut-être que le contenu de la lettre vous aidera à mieux comprendre la situation.
CHER ORVILLE : Mlle Badeau part soudainement pour Paris le jour suivant Noël, sa tante Madge lui ayant télégraphié pour lui demander de venir la rendre visite. Ne viendrez-vous pas au dîner de Noël ? J’ai invité les Joe Burton, et bien sûr M. Marten sera là, mais personne d’autre — à part Mlle Badeau.
Le dîner aura lieu à sept heures précises. Ne soyez pas en retard, même si je sais que vous ne le serez pas, vous qui êtes comme un horloge humaine.
J’espère sincèrement qu’Annette ne tombera pas amoureuse à Paris. Je souhaite qu’elle épouse un gentil New-Yorkais et s’installe près de moi.
J’ai toujours pensé que vous aviez honteusement négligé le mariage.
N’oubliez pas demain soir : Annette part jeudi. Je vous souhaite un joyeux Noël. Je vous embrasse,
Votre vieille amie, HENRIETTA MARTEN.
Annette Badeau était entrée dans la vie d’Orville trois mois plus tôt. Elle était la nièce de Mme Marten et était venue de l’Ouest pour vivre avec sa tante, à peu près au moment où le succès du livre de Thornton lui faisait envisager le mariage.
Elle était jolie, intelligente et pleine de vie à la manière des femmes de l’Ouest, et lorsque Thornton la rencontra lors d’un des rares thés de l’après-midi auxquels il assistait, il tomba amoureux d’elle. Lorsqu’il apprit qu’elle était la nièce de sa vieille amie, Mme Marten, il trouva soudain diverses raisons de se rendre chez les Marten une ou deux fois par semaine.
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# book_title: Araminta et l’automobile
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C’était une lettre destinée à encourager un amant hésitant, et Orville Thornton, auteur de « Pensées pour non-penseurs », correspondait assurément à cette description. Il la reçut un mardi et résolut aussitôt de déclarer ses intentions à Mlle Annette Badeau ce soir-là même.
Mais peut-être que le contenu de la lettre vous aidera à mieux comprendre la situation.
CHER ORVILLE : Mlle Badeau part soudainement pour Paris le jour suivant Noël, sa tante Madge lui ayant télégraphié pour lui demander de venir la rendre visite. Ne viendrez-vous pas au dîner de Noël ? J’ai invité les Joe Burton, et bien sûr M. Marten sera là, mais personne d’autre — à part Mlle Badeau.
Le dîner aura lieu à sept heures précises. Ne soyez pas en retard, même si je sais que vous ne le serez pas, vous qui êtes comme un horloge humaine.
J’espère sincèrement qu’Annette ne tombera pas amoureuse à Paris. Je souhaite qu’elle épouse un gentil New-Yorkais et s’installe près de moi.
J’ai toujours pensé que vous aviez honteusement négligé le mariage.
N’oubliez pas demain soir : Annette part jeudi. Je vous souhaite un joyeux Noël. Je vous embrasse,
Votre vieille amie, HENRIETTA MARTEN.
Annette Badeau était entrée dans la vie d’Orville trois mois plus tôt. Elle était la nièce de Mme Marten et était venue de l’Ouest pour vivre avec sa tante, à peu près au moment où le succès du livre de Thornton lui faisait envisager le mariage.
Elle était jolie, intelligente et pleine de vie à la manière des femmes de l’Ouest, et lorsque Thornton la rencontra lors d’un des rares thés de l’après-midi auxquels il assistait, il tomba amoureux d’elle. Lorsqu’il apprit qu’elle était la nièce de sa vieille amie, Mme Marten, il trouva soudain diverses raisons de se rendre chez les Marten une ou deux fois par semaine.Mais une étrange coutume qu’il avait, celle de repousser des moments délicieux afin de savourer pleinement l’anticipation, l’avait poussé à s’abstenir de révéler son état d’âme à Mlle Badeau, et cette jeune femme, qui s’était éprise de lui avant même de savoir qu’il était l’auteur talentueux de « Pensées pour non-penseurs », souhaitait souvent, en elle-même, pouvoir lui laisser percevoir d’une manière ou d’une autre l’état de son cœur.
Orville reçut la lettre de Mme Marten la veille de Noël, et son contenu le poussa à établir un programme pour la course de la soirée suivante. Aucune force sur terre ne pouvait l’empêcher d’assister à ce dîner, et il envoya immédiatement un télégramme d’excuses au chef du club des Wolves, bien qu’il attendît ce festin de Noël depuis un mois.
Il envoya également un messager avec une note d’acceptation à Mme Marten.
Puis il rejoignit la foule de personnes qui attendent toujours la veille de Noël avant d’acheter les cadeaux que ce devoir si austère et désagréable rend nécessaire.
Cela donnerait une saveur typiquement de Noël si l’on pouvait recouvrir le sol de neige et rendre l’air joyeux au son des clochettes argentées des traîneaux tirés par des chevaux bondissants ; mais bien que les Noëls des contes soient toujours enneigés, glacials et étincelants de cristaux de glace, les Noëls de la vie réelle ont tendance à être humides et pluvieux. Soyons reconnaissants que ce Noël n’ait été qu’un Noël de ce genre, qui n’aurait pas justifié le moindre voyage en Floride. Le thermomètre indiquait 58 degrés Fahrenheit, et même les manteaux légers ne se mettaient pas sans réflexion.
Orville savait ce qu’il voulait acheter et où cela se vendait, ce qui lui donnait un avantage sur quatre-vingt-dix-neuf acheteurs sur cent qui, l’air inquiet, se précipitaient de magasin en magasin, chargés de paquets, et faisaient de cette soirée la pire de l’année pour les vendeuses et les vendeurs épuisés.
Le cadeau d’Orville n’avait rien de typiquement de Noël, mais il espérait que Mlle Badeau l’apprécierait, et c’était certainement le plus beau de ceux qui se trouvaient sur le plateau en velours. Orville, on le verra, avait un tempérament optimiste.
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Mais une étrange coutume qu’il avait, celle de repousser des moments délicieux afin de savourer pleinement l’anticipation, l’avait poussé à s’abstenir de révéler son état d’âme à Mlle Badeau, et cette jeune femme, qui s’était éprise de lui avant même de savoir qu’il était l’auteur talentueux de « Pensées pour non-penseurs », souhaitait souvent, en elle-même, pouvoir lui laisser percevoir d’une manière ou d’une autre l’état de son cœur.
Orville reçut la lettre de Mme Marten la veille de Noël, et son contenu le poussa à établir un programme pour la course de la soirée suivante. Aucune force sur terre ne pouvait l’empêcher d’assister à ce dîner, et il envoya immédiatement un télégramme d’excuses au chef du club des Wolves, bien qu’il attendît ce festin de Noël depuis un mois.
Il envoya également un messager avec une note d’acceptation à Mme Marten.
Puis il rejoignit la foule de personnes qui attendent toujours la veille de Noël avant d’acheter les cadeaux que ce devoir si austère et désagréable rend nécessaire.
Cela donnerait une saveur typiquement de Noël si l’on pouvait recouvrir le sol de neige et rendre l’air joyeux au son des clochettes argentées des traîneaux tirés par des chevaux bondissants ; mais bien que les Noëls des contes soient toujours enneigés, glacials et étincelants de cristaux de glace, les Noëls de la vie réelle ont tendance à être humides et pluvieux. Soyons reconnaissants que ce Noël n’ait été qu’un Noël de ce genre, qui n’aurait pas justifié le moindre voyage en Floride. Le thermomètre indiquait 58 degrés Fahrenheit, et même les manteaux légers ne se mettaient pas sans réflexion.
Orville savait ce qu’il voulait acheter et où cela se vendait, ce qui lui donnait un avantage sur quatre-vingt-dix-neuf acheteurs sur cent qui, l’air inquiet, se précipitaient de magasin en magasin, chargés de paquets, et faisaient de cette soirée la pire de l’année pour les vendeuses et les vendeurs épuisés.
Le cadeau d’Orville n’avait rien de typiquement de Noël, mais il espérait que Mlle Badeau l’apprécierait, et c’était certainement le plus beau de ceux qui se trouvaient sur le plateau en velours. Orville, on le verra, avait un tempérament optimiste.Il ne suspenda pas sa chaussette ; il ne l’avait pas fait depuis plusieurs années ; mais il rêva que le Père Noël lui apportait une belle poupée venue de Paris, et juste au moment où il disait : « Il doit y avoir une erreur », la poupée se transforma en Mlle Badeau et dit : « Non, je suis là pour toi. Joyeux Noël ! » Puis il se réveilla et réfléchit à la fois à la folie et au fascinant caractère des rêves.
Le matin de Noël fut consacré à retoucher un vieux essai intitulé « La valeur de l’été comme source de vitalité ». Il avait depuis longtemps l’habitude de retravailler ses anciens textes pendant ses vacances, et s’il devait se marier, il aurait besoin de vendre tout ce qu’il possédait — du moins tout ce qui avait une valeur sur le marché littéraire. Mais ce matin-là, la vision d’une jeune femme charmante, qui devait le lendemain s’éloigner de lui pour parcourir des milliers de miles, s’interposa entre lui et la page. Il finit par ranger le manuscrit dans un tiroir et partit faire une promenade.
Ce fut le Noël le plus déprimant qu’il ait jamais connu, et aussi le plus chaud. Il se rendit au club, mais il n’y avait guère personne ; néanmoins, il réussit à jouer quelques parties de billard, et enfin l’horloge annonça qu’il était temps de rentrer chez soi et de se préparer pour le dîner de Noël.
Il quitta le club à cinq heures et demie. Il était cinq heures quarante quand il glissa sur un morceau de peau d’orange et se blessa à la cheville. Il put se relever et gravir les escaliers en se tenant à une seule jambe, mais le garçon de l’entrée dut l’aider à atteindre l’ascenseur, puis sa chambre.

Il s’affala sur son lit, le visage blême.
Orville était un homme d’une extrême méthode. Il planifiait ses activités avec plusieurs jours d’avance et ne changeait guère ses habitudes. Mais il semblait probable que, à moins d’être fait d’une étoffe plus dure que la plupart des machines appelées hommes, il ne sortirait pas de la gare ce soir-là. Sa chute lui avait causé une grave entorse à la cheville.
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Il ne suspenda pas sa chaussette ; il ne l’avait pas fait depuis plusieurs années ; mais il rêva que le Père Noël lui apportait une belle poupée venue de Paris, et juste au moment où il disait : « Il doit y avoir une erreur », la poupée se transforma en Mlle Badeau et dit : « Non, je suis là pour toi. Joyeux Noël ! » Puis il se réveilla et réfléchit à la fois à la folie et au fascinant caractère des rêves.
Le matin de Noël fut consacré à retoucher un vieux essai intitulé « La valeur de l’été comme source de vitalité ». Il avait depuis longtemps l’habitude de retravailler ses anciens textes pendant ses vacances, et s’il devait se marier, il aurait besoin de vendre tout ce qu’il possédait — du moins tout ce qui avait une valeur sur le marché littéraire. Mais ce matin-là, la vision d’une jeune femme charmante, qui devait le lendemain s’éloigner de lui pour parcourir des milliers de miles, s’interposa entre lui et la page. Il finit par ranger le manuscrit dans un tiroir et partit faire une promenade.
Ce fut le Noël le plus déprimant qu’il ait jamais connu, et aussi le plus chaud. Il se rendit au club, mais il n’y avait guère personne ; néanmoins, il réussit à jouer quelques parties de billard, et enfin l’horloge annonça qu’il était temps de rentrer chez soi et de se préparer pour le dîner de Noël.
Il quitta le club à cinq heures et demie. Il était cinq heures quarante quand il glissa sur un morceau de peau d’orange et se blessa à la cheville. Il put se relever et gravir les escaliers en se tenant à une seule jambe, mais le garçon de l’entrée dut l’aider à atteindre l’ascenseur, puis sa chambre.
Il s’affala sur son lit, le visage blême.
Orville était un homme d’une extrême méthode. Il planifiait ses activités avec plusieurs jours d’avance et ne changeait guère ses habitudes. Mais il semblait probable que, à moins d’être fait d’une étoffe plus dure que la plupart des machines appelées hommes, il ne sortirait pas de la gare ce soir-là. Sa chute lui avait causé une grave entorse à la cheville.Certains ingénieurs, pour reprendre la comparaison, auraient soutenu que le moteur était hors d’usage, et que par conséquent le train n’était pas en état de marche ; mais Orville se contenta de changer de moteur. Sa propre source de vapeur ayant été coupée, il commanda une automobile pour vingt minutes avant sept heures ; et après s’être lavé et avoir bandé sa cheville, il décida, avec une fermeté digne de la cause qui la motivait, d’assister à ce dîner, fût-ce au prix d’un séjour à l’hôpital, avec Annette comme infirmière attitrée.
Le vieux M. Nickerson, qui habitait de l’autre côté du couloir, avait entendu parler de son malheur et vint lui offrir ses services.
« Puis-je vous aider à vous rendre au lit ? » dit-il.
“Je n’ai pas besoin d’être au lit avant de nombreuses heures, Monsieur Nickerson ; mais si vous voulez bien me servir quelques gouttes de votre excellent vieux Scotch, avec le bouquet d’harengs fumés, je vais continuer à m’habiller pour le dîner.”
“Mon cher garçon,” dit le vieil homme presque en larmes, “il est impossible que vous vous aventuriez à marcher avec une telle entorse. Votre pied est terriblement enflé.”
“Monsieur Nickerson, mon cœur a subi une épreuve bien plus dure que mon pied ; c’est pourquoi je vais dîner.” Au son de cette déclaration énigmatique, Monsieur Nickerson se hâta d’aller chercher le vieux Scotch, et en quelques minutes, la faiblesse d’Orville avait disparu ; avec l’aide de l’aimable vieil homme, il enfila ses habits de soirée — à l’exception de son pied gauche, qui était enfermé dans une pantoufle à fleurs d’un rouge crépusculaire.
“Maintenant, mon cher Monsieur Nickerson, je vous suis mille fois obligé, et si vous pouvez m’aider à sauter jusqu’en bas des escaliers, j’attendrai l’automobile sur le perron.” (Orville était né à Brooklyn, où l’on dit encore “perron”.) “Je suis à l’heure pour l’instant.”
Mais si Orville était à l’heure, l’automobile ne l’était pas, car le chauffeur n’était pas un homme méthodique ; et quand elle arriva enfin, il fallut tout l’effort du chauffeur pour l’arrêter. Elle semblait agressive.
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Certains ingénieurs, pour reprendre la comparaison, auraient soutenu que le moteur était hors d’usage, et que par conséquent le train n’était pas en état de marche ; mais Orville se contenta de changer de moteur. Sa propre source de vapeur ayant été coupée, il commanda une automobile pour vingt minutes avant sept heures ; et après s’être lavé et avoir bandé sa cheville, il décida, avec une fermeté digne de la cause qui la motivait, d’assister à ce dîner, fût-ce au prix d’un séjour à l’hôpital, avec Annette comme infirmière attitrée.
Le vieux M. Nickerson, qui habitait de l’autre côté du couloir, avait entendu parler de son malheur et vint lui offrir ses services.
« Puis-je vous aider à vous rendre au lit ? » dit-il.
“Je n’ai pas besoin d’être au lit avant de nombreuses heures, Monsieur Nickerson ; mais si vous voulez bien me servir quelques gouttes de votre excellent vieux Scotch, avec le bouquet d’harengs fumés, je vais continuer à m’habiller pour le dîner.”
“Mon cher garçon,” dit le vieil homme presque en larmes, “il est impossible que vous vous aventuriez à marcher avec une telle entorse. Votre pied est terriblement enflé.”
“Monsieur Nickerson, mon cœur a subi une épreuve bien plus dure que mon pied ; c’est pourquoi je vais dîner.” Au son de cette déclaration énigmatique, Monsieur Nickerson se hâta d’aller chercher le vieux Scotch, et en quelques minutes, la faiblesse d’Orville avait disparu ; avec l’aide de l’aimable vieil homme, il enfila ses habits de soirée — à l’exception de son pied gauche, qui était enfermé dans une pantoufle à fleurs d’un rouge crépusculaire.
“Maintenant, mon cher Monsieur Nickerson, je vous suis mille fois obligé, et si vous pouvez m’aider à sauter jusqu’en bas des escaliers, j’attendrai l’automobile sur le perron.” (Orville était né à Brooklyn, où l’on dit encore “perron”.) “Je suis à l’heure pour l’instant.”
Mais si Orville était à l’heure, l’automobile ne l’était pas, car le chauffeur n’était pas un homme méthodique ; et quand elle arriva enfin, il fallut tout l’effort du chauffeur pour l’arrêter. Elle semblait agressive.“Il faudrait que vous arrêtiez de la nourrir avec de l’avoine,” dit gaiement Orville, depuis son siège sur le dernier marche de l’escalier.
La vue d’un gentleman en tenue de soirée impeccable, à l’exception d’une pantoufle quelque peu rococo, sembla amuser quelques enfants de la rue qui passaient. S’ils avaient pu suivre l’“auto”, ils se seraient encore plus amusés, mais telle n’était pas leur destinée. Monsieur Nickerson aidait son ami à monter dans le véhicule, et le chauffeur démarra à vive allure vers la Cinquième Avenue.
Orville habitait la Dix-septième Rue, près de la Cinquième Avenue ; Madame Marten habitait la Cinquième Avenue, près de la Quarantième Rue. Les trente-huitième et trente-neuvième Rues furent atteintes et dépassées sans autre incident que le fait que la cheville d’Orville le faisait souffrir presque au-delà de ses limites de tolérance ; mais, comme ce n’est pas l’histoire d’une entorse à la cheville que j’écris, si le véhicule s’était arrêté chez Madame Marten, ma plume n’aurait pas été mise sur le papier.

Mais le véhicule motorisé ne s’est même pas arrêté. Il a continué son chemin comme si la rivière Harlem devait être sa prochaine destination.
Orville avait clairement indiqué le numéro de sa destination, et il a alors actionné le signalisateur et demandé au chauffeur pourquoi il ne s’était pas arrêté.
Calmement, d’une voix posée, comme le font les personnes lucides lorsqu’elles veulent inspirer confiance, le chauffeur a répondu : « Ne vous inquiétez pas, monsieur, mais je ne peux pas m’arrêter. Quelque chose ne va pas, et je devrai peut-être courir un certain temps avant de pouvoir y prendre le coup. Il n’y a aucun danger tant que je peux garder le contrôle de la direction. »
« Ne pourriez-vous pas ralentir devant la maison, pour que je puisse sauter ? »
« Avec ce pied, monsieur ? Impossible, et de toute façon, je ne peux pas ralentir. Je pense que nous nous arrêterons bientôt. Je ne sais pas quand il a été chargé, mais un monsieur l’avait avant que l’on m’envoie avec. Cela ne devrait pas tarder, je pense. Je ferai le tour du pâté de maisons, et peut-être que je pourrai m’arrêter la prochaine fois. »
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“Il faudrait que vous arrêtiez de la nourrir avec de l’avoine,” dit gaiement Orville, depuis son siège sur le dernier marche de l’escalier.
La vue d’un gentleman en tenue de soirée impeccable, à l’exception d’une pantoufle quelque peu rococo, sembla amuser quelques enfants de la rue qui passaient. S’ils avaient pu suivre l’“auto”, ils se seraient encore plus amusés, mais telle n’était pas leur destinée. Monsieur Nickerson aidait son ami à monter dans le véhicule, et le chauffeur démarra à vive allure vers la Cinquième Avenue.
Orville habitait la Dix-septième Rue, près de la Cinquième Avenue ; Madame Marten habitait la Cinquième Avenue, près de la Quarantième Rue. Les trente-huitième et trente-neuvième Rues furent atteintes et dépassées sans autre incident que le fait que la cheville d’Orville le faisait souffrir presque au-delà de ses limites de tolérance ; mais, comme ce n’est pas l’histoire d’une entorse à la cheville que j’écris, si le véhicule s’était arrêté chez Madame Marten, ma plume n’aurait pas été mise sur le papier.
Mais le véhicule motorisé ne s’est même pas arrêté. Il a continué son chemin comme si la rivière Harlem devait être sa prochaine destination.
Orville avait clairement indiqué le numéro de sa destination, et il a alors actionné le signalisateur et demandé au chauffeur pourquoi il ne s’était pas arrêté.
Calmement, d’une voix posée, comme le font les personnes lucides lorsqu’elles veulent inspirer confiance, le chauffeur a répondu : « Ne vous inquiétez pas, monsieur, mais je ne peux pas m’arrêter. Quelque chose ne va pas, et je devrai peut-être courir un certain temps avant de pouvoir y prendre le coup. Il n’y a aucun danger tant que je peux garder le contrôle de la direction. »
« Ne pourriez-vous pas ralentir devant la maison, pour que je puisse sauter ? »
« Avec ce pied, monsieur ? Impossible, et de toute façon, je ne peux pas ralentir. Je pense que nous nous arrêterons bientôt. Je ne sais pas quand il a été chargé, mais un monsieur l’avait avant que l’on m’envoie avec. Cela ne devrait pas tarder, je pense. Je ferai le tour du pâté de maisons, et peut-être que je pourrai m’arrêter la prochaine fois. »Orville gémit pour deux raisons : sa cheville bondissait de douleur, et il allait perdre le plaisir de conduire Miss Badeau au dîner, car il était une minute passé sept heures.
Il resta assis, regardant son pantoufle en velours, et pensa aux pieds délicatement chaussés de l’adorable Annette, tandis que le véhicule sans chevaux faisait le tour du pâté de maisons. À leur approche de la maison, Orville imagina qu’ils ralentissaient, et il ouvrit la porte pour être prêt. Il était maintenant trois minutes passé sept heures, et le dîner avait sans aucun doute commencé. Le chauffeur vit la porte s’ouvrir et dit : « Ne sautez pas, monsieur. Je ne peux pas encore m’arrêter. Je crains que la machine ait une bonne dose de vitesse. »
Orville regarda la façade en grès de la maison avec un regard d’agonie, comme s’il pouvait attirer Mme Marten à la fenêtre par le pouvoir de ses yeux. Mais Mme Marten n’avait pas l’habitude de coller son nez contre la vitre en cherchant anxieusement des invités en retard. En fait, on peut affirmer avec certitude que ce n’est pas une coutume de la Cinquième Avenue.
À ce moment-là, la purée était servie aux invités de Mme Marten, et à la jolie Annette Badeau, qui avait l’air vraiment désolée de voir la chaise à côté d’elle rester vide.
“Il est arrivé quelque chose à Orville,” dit Mme Marten, regardant par-dessus son épaule vers la porte de la salle, “car il est toujours très ponctuel.”
M. Joe Burton était un petit homme de petite taille, à la figure rouge, avec des moustaches noires à la mode de 1876, et qui avait l’habitude de regarder les choses du côté sombre avec le plus grand optimisme. “Il a dû être renversé par une voiture,” dit-il d’un ton haché. “C’est un miracle que quelqu’un puisse encore s’en sortir. Des monstrueux engins à vapeur, à essence, électriques, tirés par des chevaux ou propulsés par des hommes. Il faudrait les interdire.”
Annette ne put refréner un frisson. Sa tante le vit et dit : “Orville ne sera jamais renversé. Il est trop attentif. Mais c’est très étrange.”
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Orville gémit pour deux raisons : sa cheville bondissait de douleur, et il allait perdre le plaisir de conduire Miss Badeau au dîner, car il était une minute passé sept heures.
Il resta assis, regardant son pantoufle en velours, et pensa aux pieds délicatement chaussés de l’adorable Annette, tandis que le véhicule sans chevaux faisait le tour du pâté de maisons. À leur approche de la maison, Orville imagina qu’ils ralentissaient, et il ouvrit la porte pour être prêt. Il était maintenant trois minutes passé sept heures, et le dîner avait sans aucun doute commencé. Le chauffeur vit la porte s’ouvrir et dit : « Ne sautez pas, monsieur. Je ne peux pas encore m’arrêter. Je crains que la machine ait une bonne dose de vitesse. »
Orville regarda la façade en grès de la maison avec un regard d’agonie, comme s’il pouvait attirer Mme Marten à la fenêtre par le pouvoir de ses yeux. Mais Mme Marten n’avait pas l’habitude de coller son nez contre la vitre en cherchant anxieusement des invités en retard. En fait, on peut affirmer avec certitude que ce n’est pas une coutume de la Cinquième Avenue.
À ce moment-là, la purée était servie aux invités de Mme Marten, et à la jolie Annette Badeau, qui avait l’air vraiment désolée de voir la chaise à côté d’elle rester vide.
“Il est arrivé quelque chose à Orville,” dit Mme Marten, regardant par-dessus son épaule vers la porte de la salle, “car il est toujours très ponctuel.”
M. Joe Burton était un petit homme de petite taille, à la figure rouge, avec des moustaches noires à la mode de 1876, et qui avait l’habitude de regarder les choses du côté sombre avec le plus grand optimisme. “Il a dû être renversé par une voiture,” dit-il d’un ton haché. “C’est un miracle que quelqu’un puisse encore s’en sortir. Des monstrueux engins à vapeur, à essence, électriques, tirés par des chevaux ou propulsés par des hommes. Il faudrait les interdire.”
Annette ne put refréner un frisson. Sa tante le vit et dit : “Orville ne sera jamais renversé. Il est trop attentif. Mais c’est très étrange.”“Il a peut-être été retenu par une commande pour un article,” dit M. Marten, également dans le but bienveillant de rassurer Annette, car les deux Marten savaient combien elle éprouvait de sympathie envers M. Thornton.
“Peut-être est-il allongé sur le trottoir, renversé par un panneau ou mordu par un chien. Les chiens ne devraient pas être autorisés en ville ; ils ne font qu’ajouter aux dangers de l’existence métropolitaine,” lâcha M. Burton d’un ton jovial, totalement inconscient que ses remarques pouvaient inquiéter Annette.
“Oh ! J’aimerais bien que vous envoyiez quelqu’un voir, Tante Henrietta.”
“N’importe quoi, Annette. M. Burton est toujours un alarmiste. Mais, Marie, tu pourrais bien aller à la porte d’entrée et regarder le long de l’avenue. M. Thornton est toujours si ponctuel que c’est vraiment étrange.”
Marie se rendit à la porte d’entrée et regarda dans la rue, juste au moment où Thornton, gesticulant frénétiquement, disparaissait au coin de la Quarantième Rue.
“Oh ! Pourquoi n’est-elle pas venue plus tôt !,” se dit-il à voix haute. “Au moins, on saurait pourquoi je suis en retard. Et elle sera partie avant que je revienne. Y a-t-il jamais eu autant de malchance ? Oh ! Pour un bon vieux cheval qui saurait s’arrêter, une chère vieille jument qui s’arrêterait et ne tournerait pas en rond comme une maudite carrousel ! Dis, chauffeur, y a-t-il un moyen d’arrêter cette maudite chose ? Ne pourrais-tu pas la diriger contre une clôture ou une maison ? Je prendrai le risque.”
“Mais moi, je ne le ferai pas, monsieur. Ces automobiles sont très puissantes, et l’une d’elles a renversé un kiosque à journaux il y a peu de temps et a renversé le fourneau qui s’y trouvait, brûlant presque le vendeur de journaux. Mais il y a encore largement le temps pour qu’elle s’arrête. Je n’ai pas besoin de me dépêcher pour revenir.”
“C’est de la chance”, dit Orville. “Je pensais que vous alliez peut-être devoir me laisser seul avec cette chose. Mais bon, elle pourrait bien continuer à fonctionner toute la nuit. Moi, je dois être à un dîner. J’en ai assez de conduire. Ce n’est pas la façon de passer Noël. Ralentissez un peu, et je sauterai quand j’aurai de nouveau l’occasion. ”
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“Il a peut-être été retenu par une commande pour un article,” dit M. Marten, également dans le but bienveillant de rassurer Annette, car les deux Marten savaient combien elle éprouvait de sympathie envers M. Thornton.
“Peut-être est-il allongé sur le trottoir, renversé par un panneau ou mordu par un chien. Les chiens ne devraient pas être autorisés en ville ; ils ne font qu’ajouter aux dangers de l’existence métropolitaine,” lâcha M. Burton d’un ton jovial, totalement inconscient que ses remarques pouvaient inquiéter Annette.
“Oh ! J’aimerais bien que vous envoyiez quelqu’un voir, Tante Henrietta.”
“N’importe quoi, Annette. M. Burton est toujours un alarmiste. Mais, Marie, tu pourrais bien aller à la porte d’entrée et regarder le long de l’avenue. M. Thornton est toujours si ponctuel que c’est vraiment étrange.”
Marie se rendit à la porte d’entrée et regarda dans la rue, juste au moment où Thornton, gesticulant frénétiquement, disparaissait au coin de la Quarantième Rue.
“Oh ! Pourquoi n’est-elle pas venue plus tôt !,” se dit-il à voix haute. “Au moins, on saurait pourquoi je suis en retard. Et elle sera partie avant que je revienne. Y a-t-il jamais eu autant de malchance ? Oh ! Pour un bon vieux cheval qui saurait s’arrêter, une chère vieille jument qui s’arrêterait et ne tournerait pas en rond comme une maudite carrousel ! Dis, chauffeur, y a-t-il un moyen d’arrêter cette maudite chose ? Ne pourrais-tu pas la diriger contre une clôture ou une maison ? Je prendrai le risque.”
“Mais moi, je ne le ferai pas, monsieur. Ces automobiles sont très puissantes, et l’une d’elles a renversé un kiosque à journaux il y a peu de temps et a renversé le fourneau qui s’y trouvait, brûlant presque le vendeur de journaux. Mais il y a encore largement le temps pour qu’elle s’arrête. Je n’ai pas besoin de me dépêcher pour revenir.”
“C’est de la chance”, dit Orville. “Je pensais que vous alliez peut-être devoir me laisser seul avec cette chose. Mais bon, elle pourrait bien continuer à fonctionner toute la nuit. Moi, je dois être à un dîner. J’en ai assez de conduire. Ce n’est pas la façon de passer Noël. Ralentissez un peu, et je sauterai quand j’aurai de nouveau l’occasion. ”“Je vous dis que je ne peux pas ralentir, et elle roule à dix miles par heure. Vous vous casserez la jambe si vous sautez, et où serez-vous alors?”
“Je pourrais être sur leur trottoir, et alors vous pourriez sonner à leur porte, et ils me prendraient chez eux.”
“Et vous faire poursuivre la compagnie en justice pour dommages-intérêts? Oh non, monsieur. Je suis désolé, mais on n’y peut rien. La compagnie ne vous facturera pas le temps supplémentaire.”
“Non, je ne pense pas que ça arrivera”, dit Thornton avec méchanceté, d’autant plus que son pied le faisait mal à ce moment-là.
*
“Il n’y avait personne en vue, madame”, dit Marie, à son retour.
“Il avait probablement reçu une commande pour un article et s’y est tellement plongé qu’il nous a oubliés”, dit M. Marten; mais cette hypothèse ne semblait pas convenir à Annette, car elle ne correspondait pas à ce qu’elle savait de son caractère.
“Il se peut qu’il soit tombé dans un ascenseur”, dit M. Burton. “La pression sur les ascenseurs, surtout les électriques, est énorme. Certains finissent par tomber. Et un ascenseur en chute ne fait pas de différence entre les personnes. Vous et moi pourrions être dedans quand il tombera. Il y était probablement. Bien sûr, j’espère que non, mais comme il est connu pour être la quintessence de la ponctualité, nous devons invoquer un accident pour expliquer son retard. Les gens ne meurent pas toujours dans des accidents d’ascenseur. N’est-ce pas, ma chère?”
“Monsieur Burton”, dit sa femme, “je souhaiterais que vous laissiez de côté vos pensées morbides. Ne voyez-vous pas qu’Annette est sensible?”
“Sensible — avec quelqu’un qui meurt chaque minute ? C’est simplement parce qu’elle connaît Orville et que sa mort serait déplaisante. Si un homme du Klondike lisait ça dans le journal, il ne s’en souviendrait pas cinq minutes plus tard. Mais je ne dis pas qu’il était dans un ascenseur. Peut-être que quelqu’un lui a envoyé une machine infernale comme cadeau de Noël. Il a peut-être explosé dans un trou de la voirie ou bien il a sauté par sa fenêtre pour échapper aux flammes. Pourquoi, il y a un million de façons d’expliquer son absence.”
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# book_title: Araminta et l’automobile
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“Je vous dis que je ne peux pas ralentir, et elle roule à dix miles par heure. Vous vous casserez la jambe si vous sautez, et où serez-vous alors?”
“Je pourrais être sur leur trottoir, et alors vous pourriez sonner à leur porte, et ils me prendraient chez eux.”
“Et vous faire poursuivre la compagnie en justice pour dommages-intérêts? Oh non, monsieur. Je suis désolé, mais on n’y peut rien. La compagnie ne vous facturera pas le temps supplémentaire.”
“Non, je ne pense pas que ça arrivera”, dit Thornton avec méchanceté, d’autant plus que son pied le faisait mal à ce moment-là.
* * * * *
“Il n’y avait personne en vue, madame”, dit Marie, à son retour.
“Il avait probablement reçu une commande pour un article et s’y est tellement plongé qu’il nous a oubliés”, dit M. Marten; mais cette hypothèse ne semblait pas convenir à Annette, car elle ne correspondait pas à ce qu’elle savait de son caractère.
“Il se peut qu’il soit tombé dans un ascenseur”, dit M. Burton. “La pression sur les ascenseurs, surtout les électriques, est énorme. Certains finissent par tomber. Et un ascenseur en chute ne fait pas de différence entre les personnes. Vous et moi pourrions être dedans quand il tombera. Il y était probablement. Bien sûr, j’espère que non, mais comme il est connu pour être la quintessence de la ponctualité, nous devons invoquer un accident pour expliquer son retard. Les gens ne meurent pas toujours dans des accidents d’ascenseur. N’est-ce pas, ma chère?”
“Monsieur Burton”, dit sa femme, “je souhaiterais que vous laissiez de côté vos pensées morbides. Ne voyez-vous pas qu’Annette est sensible?”
“Sensible — avec quelqu’un qui meurt chaque minute ? C’est simplement parce qu’elle connaît Orville et que sa mort serait déplaisante. Si un homme du Klondike lisait ça dans le journal, il ne s’en souviendrait pas cinq minutes plus tard. Mais je ne dis pas qu’il était dans un ascenseur. Peut-être que quelqu’un lui a envoyé une machine infernale comme cadeau de Noël. Il a peut-être explosé dans un trou de la voirie ou bien il a sauté par sa fenêtre pour échapper aux flammes. Pourquoi, il y a un million de façons d’expliquer son absence.”Marie avait ouvert les fenêtres du salon un instant plus tôt, car la maison était chaude, et à ce moment-là on entendit le bourdonnement d’une automobile qui se déplaçait rapidement. En même temps, on entendit distinctement, bien qu’à peine, “Monsieur Marten, je m’en vais.”
Cela leur donna à tous une sensation étrange. Le poisson fut laissé intact, et pendant un instant le silence régna. Puis Monsieur Marten se leva brusquement de la table et courut vers la porte d’entrée. Il y arriva juste à temps pour voir une automobile tourner un coin et entendre une injure clairement articulée, prononcée par la voix bien connue d’Orville Thornton.
En tenue de soirée et la tête nue, Monsieur Marten courut vers la Quarantième Rue et vit le véhicule approcher de la Sixième Avenue, son occupant continuant de lancer des insultes dans l’air du soir. Monsieur Marten est un peu un spécialiste du sprint, bien qu’il ait dépassé la cinquantaine, et il résolut de résoudre le mystère. Mais avant même d’avoir parcouru un tiers de l’îlot de la Quarantième Rue, il comprit qu’il ne pouvait espérer rattraper l’automobile en fuite, alors il se retourna et courut vers la maison, estimant à juste titre que le conducteur ferait le tour de l’îlot.
Quand il atteignit son propre seuil, à bout de souffle, il vit l’automobile arriver à pleine vitesse sur l’avenue, en provenance de la Trente-neuvième Rue.
Les autres convives étaient sur les marches. “Je crois qu’il arrive,” haletait-il. “Le chauffeur doit être ivre.”
Un instant plus tard, ils assistèrent au spectacle d’Orville, qui continuait de lancer des injures tout en gesticulant frénétiquement des deux bras. Plusieurs garçons essayaient de suivre le véhicule, mais le rythme était trop rapide. Aucun policier n’avait encore découvert son parcours circulaire.
Quand Orville approcha du manoir Marten, il cria “Ah-h-h!” avec le ton soulagé de quelqu’un qui tombe depuis une demi-heure et qui voit enfin le sol apparaître.
“Qu’est-ce qui se passe ?” s’exclama M. Marten, surpris, alors que la voiture, au lieu de s’arrêter, filait le long de la route.
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Marie avait ouvert les fenêtres du salon un instant plus tôt, car la maison était chaude, et à ce moment-là on entendit le bourdonnement d’une automobile qui se déplaçait rapidement. En même temps, on entendit distinctement, bien qu’à peine, “Monsieur Marten, je m’en vais.”
Cela leur donna à tous une sensation étrange. Le poisson fut laissé intact, et pendant un instant le silence régna. Puis Monsieur Marten se leva brusquement de la table et courut vers la porte d’entrée. Il y arriva juste à temps pour voir une automobile tourner un coin et entendre une injure clairement articulée, prononcée par la voix bien connue d’Orville Thornton.
En tenue de soirée et la tête nue, Monsieur Marten courut vers la Quarantième Rue et vit le véhicule approcher de la Sixième Avenue, son occupant continuant de lancer des insultes dans l’air du soir. Monsieur Marten est un peu un spécialiste du sprint, bien qu’il ait dépassé la cinquantaine, et il résolut de résoudre le mystère. Mais avant même d’avoir parcouru un tiers de l’îlot de la Quarantième Rue, il comprit qu’il ne pouvait espérer rattraper l’automobile en fuite, alors il se retourna et courut vers la maison, estimant à juste titre que le conducteur ferait le tour de l’îlot.
Quand il atteignit son propre seuil, à bout de souffle, il vit l’automobile arriver à pleine vitesse sur l’avenue, en provenance de la Trente-neuvième Rue.
Les autres convives étaient sur les marches. “Je crois qu’il arrive,” haletait-il. “Le chauffeur doit être ivre.”
Un instant plus tard, ils assistèrent au spectacle d’Orville, qui continuait de lancer des injures tout en gesticulant frénétiquement des deux bras. Plusieurs garçons essayaient de suivre le véhicule, mais le rythme était trop rapide. Aucun policier n’avait encore découvert son parcours circulaire.
Quand Orville approcha du manoir Marten, il cria “Ah-h-h!” avec le ton soulagé de quelqu’un qui tombe depuis une demi-heure et qui voit enfin le sol apparaître.
“Qu’est-ce qui se passe ?” s’exclama M. Marten, surpris, alors que la voiture, au lieu de s’arrêter, filait le long de la route.“Je me suis foulé le pied. Je ne peux pas marcher. La voiture est en panne. Je ne peux pas m’arrêter. Au revoir jusqu’à ce que je sois de retour. J’ai terriblement faim. Joyeux Noël !”
“Ah ha !” dit Joe Burton. “Je vous l’avais dit que c’était un accident. Il s’est foulé le pied et a perdu le contrôle du véhicule. Je ne vois pas le lien, mais soyons reconnaissants qu’il ne soit pas sous les roues, avec le cou brisé, ou en train de tourner en rond autour de l’essieu.”
“Mais que faire ?” dit Mme Marten. “Il dit qu’il a faim.”
“Je vous dis quoi ! ” dit M. Burton, dans son style explosif. “Mettez de la nourriture dans une assiette, et quand la voiture reviendra, Joe Burton montera à bord, et il pourra manger pendant le trajet.”
“Il adore la purée de céleri,” dit Mme Marten.
“Très bien. Mettez-en dans un seau propre à graisse ou à lait. C’est un peu inhabituel, mais l’accident l’est aussi, et il ne peut rien faire contre sa faim. La faim n’est pas une honte. Pour être honnête, je ne pensais pas qu’il mangerait encore de la soupe. Je me demandais si une couronne ou une harpe serait mieux.”
“Oh, vous êtes tellement morbide, M. Burton,” dit sa femme, pendant que Mme Marten disait à la servante d’aller chercher un seau et d’y mettre de la purée.
Quand Thornton revint, il rencontra M. Marten près de la Trente-neuvième Rue.
“Ouvre la porte, Orville, et Joe Burton montera à bord avec de la soupe. Tu dois avoir terriblement faim.”
“Rien de tel que l’exercice pour ouvrir l’appétit. Je serai prêt pour Burton,” dit Orville. “Je suis terriblement désolé de ne pas pouvoir m’arrêter pour discuter ; mais je vous verrai de nouveau dans une minute ou deux.”
Il ouvrit la porte en parlant, et alors, à la grande joie d’au moins une vingtaine de personnes qui s’étaient rendues compte que l’automobile s’éloignait, le rubicond et robuste Joe Burton, un seau de purée dans une main et quelques couverts, de l’argenterie et une serviette dans l’autre, se précipita vers le véhicule, et avec l’aide d’Orville réussit à monter à bord.
“Joyeux Noël !” dit Orville.
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“Je me suis foulé le pied. Je ne peux pas marcher. La voiture est en panne. Je ne peux pas m’arrêter. Au revoir jusqu’à ce que je sois de retour. J’ai terriblement faim. Joyeux Noël !”
“Ah ha !” dit Joe Burton. “Je vous l’avais dit que c’était un accident. Il s’est foulé le pied et a perdu le contrôle du véhicule. Je ne vois pas le lien, mais soyons reconnaissants qu’il ne soit pas sous les roues, avec le cou brisé, ou en train de tourner en rond autour de l’essieu.”
“Mais que faire ?” dit Mme Marten. “Il dit qu’il a faim.”
“Je vous dis quoi ! ” dit M. Burton, dans son style explosif. “Mettez de la nourriture dans une assiette, et quand la voiture reviendra, Joe Burton montera à bord, et il pourra manger pendant le trajet.”
“Il adore la purée de céleri,” dit Mme Marten.
“Très bien. Mettez-en dans un seau propre à graisse ou à lait. C’est un peu inhabituel, mais l’accident l’est aussi, et il ne peut rien faire contre sa faim. La faim n’est pas une honte. Pour être honnête, je ne pensais pas qu’il mangerait encore de la soupe. Je me demandais si une couronne ou une harpe serait mieux.”
“Oh, vous êtes tellement morbide, M. Burton,” dit sa femme, pendant que Mme Marten disait à la servante d’aller chercher un seau et d’y mettre de la purée.
Quand Thornton revint, il rencontra M. Marten près de la Trente-neuvième Rue.
“Ouvre la porte, Orville, et Joe Burton montera à bord avec de la soupe. Tu dois avoir terriblement faim.”
“Rien de tel que l’exercice pour ouvrir l’appétit. Je serai prêt pour Burton,” dit Orville. “Je suis terriblement désolé de ne pas pouvoir m’arrêter pour discuter ; mais je vous verrai de nouveau dans une minute ou deux.”
Il ouvrit la porte en parlant, et alors, à la grande joie d’au moins une vingtaine de personnes qui s’étaient rendues compte que l’automobile s’éloignait, le rubicond et robuste Joe Burton, un seau de purée dans une main et quelques couverts, de l’argenterie et une serviette dans l’autre, se précipita vers le véhicule, et avec l’aide d’Orville réussit à monter à bord.
“Joyeux Noël !” dit Orville.“Joyeux Noël ! Je suis terriblement désolé, mon vieux, mais ça aurait pu être pire. Mieux vaut boire ça directement dans le seau. On m’a donné un couteau et une fourchette, mais ils ont oublié d’y mettre une cuillère ou un plat. Je pensais que tu avais probablement été tué, mais je n’avais jamais imaginé ça. Mlle Badeau était terriblement bouleversée. Je crois qu’elle avait décidé de mettre des œillets blancs. C’est une gentille fille. Tu aurais pu facilement sauter, mon vieux, si tu n’avais pas eu cette entorse à la cheville. Ça fait mal ? ”
“Comme un diable ; mais je suis content que ça ait inquiété Mlle Badeau. Non, je ne veux pas dire ça. Mais tu sais. ”
“Oui, je sais,” dit Burton avec un sourire sociable. “Mme Marten me l’a dit. C’est une gentille fille. Laissez-la monter la prochaine fois. C’est quelque chose d’inhabituel, vous savez. Les gens ont très tendance à sauter de un véhicule en fuite, mais il arrive rarement que celui-ci prenne des passagers. Laissez-la monter, et vous pourrez lui expliquer la situation. Vous voyez, son bateau part tôt le matin, et vous n’avez pas beaucoup de temps. Vous pouvez lui dire quel bon camarade vous êtes, vous savez, et je suis sûr que vous aurez la bénédiction de Mme Marten. C’est là que je descends.”
Avec une agilité admirable pour un homme de sa corpulence, M. Burton bondit dans la rue et monta les marches pour parler à Mlle Badeau. Orville pouvait voir son rougissement, mais il n’y avait pas de temps pour qu’elle devienne passagère ce voyage-là, et le jeune homme fit à nouveau le tour du pâté de maisons, tout seul, mais étrangement heureux. Il n’avait jamais fait de trajet avec Annette, sauf une fois sur la voie élevée, et alors M. et Mme Marten faisaient partie du groupe.
La voiture filait à toute allure, et quand les Martens apparurent à l’horizon, Annette se trouvait sur le trottoir avec un plat couvert à la main et un air d’attente excitée sur le visage qui ajoutait cent fois à son charme.
“Voici que vous êtes là — seulement dix cents le trajet. Joyeux Noël !” s’exclama gaiement Orville, et il se pencha à moitié hors de l’automobile pour l’attraper.
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“Joyeux Noël ! Je suis terriblement désolé, mon vieux, mais ça aurait pu être pire. Mieux vaut boire ça directement dans le seau. On m’a donné un couteau et une fourchette, mais ils ont oublié d’y mettre une cuillère ou un plat. Je pensais que tu avais probablement été tué, mais je n’avais jamais imaginé ça. Mlle Badeau était terriblement bouleversée. Je crois qu’elle avait décidé de mettre des œillets blancs. C’est une gentille fille. Tu aurais pu facilement sauter, mon vieux, si tu n’avais pas eu cette entorse à la cheville. Ça fait mal ? ”
“Comme un diable ; mais je suis content que ça ait inquiété Mlle Badeau. Non, je ne veux pas dire ça. Mais tu sais. ”
“Oui, je sais,” dit Burton avec un sourire sociable. “Mme Marten me l’a dit. C’est une gentille fille. Laissez-la monter la prochaine fois. C’est quelque chose d’inhabituel, vous savez. Les gens ont très tendance à sauter _de_ un véhicule en fuite, mais il arrive rarement que celui-ci prenne des passagers. Laissez-la monter, et vous pourrez lui expliquer la situation. Vous voyez, son bateau part tôt le matin, et vous n’avez pas beaucoup de temps. Vous pouvez lui dire quel bon camarade vous êtes, vous savez, et je suis sûr que vous aurez la bénédiction de Mme Marten. C’est là que je descends.”
Avec une agilité admirable pour un homme de sa corpulence, M. Burton bondit dans la rue et monta les marches pour parler à Mlle Badeau. Orville pouvait voir son rougissement, mais il n’y avait pas de temps pour qu’elle devienne passagère ce voyage-là, et le jeune homme fit à nouveau le tour du pâté de maisons, tout seul, mais étrangement heureux. Il n’avait jamais fait de trajet avec Annette, sauf une fois sur la voie élevée, et alors M. et Mme Marten faisaient partie du groupe.
La voiture filait à toute allure, et quand les Martens apparurent à l’horizon, Annette se trouvait sur le trottoir avec un plat couvert à la main et un air d’attente excitée sur le visage qui ajoutait cent fois à son charme.
“Voici que vous êtes là — seulement dix cents le trajet. Joyeux Noël !” s’exclama gaiement Orville, et il se pencha à moitié hors de l’automobile pour l’attraper.
C’était un saut audacieux, presque impossible, et pourtant Annette le réussit sans incident, et, rougissante et excitée, elle s’assit devant M. Thornton sans renverser sa charge, qui s’avéra être des sweetbreads.
“Mademoiselle Badeau — Annette, je ne m’attendais pas à ce que les choses se passent ainsi, mais bien sûr votre tante s’en fiche, sinon elle ne vous aurait pas laissée venir. Nous ne courons vraiment aucun danger. Ce chauffeur a dû esquiver plus de convois au cours de la dernière heure que s’il l’avait fait pendant une année normale. On me dit que vous partez pour l’Europe demain matin, ce qui vous obligera à quitter tous vos amis. Maintenant, j’ai quelque chose de très important à vous dire avant votre départ. Non, merci, je ne veux rien de plus. Cette purée était très nourrissante. Je me suis foulé la cheville et je dois rester très tranquille pendant une semaine ou deux, peut-être jusqu’à ce que cette machine perde de sa puissance, mais à la fin de cette période, seriez-vous disposée à — ”
Orville hésita, et Annette rougit doucement. Elle posa les sweetbreads sur le siège à côté d’elle. Orville n’avait jamais paru aussi beau à ses yeux.
Il hésita. “Continuez,” dit-elle.

“Seriez-vous disposée à aller à Paris pour un voyage de noces ?”
La réponse d’Annette fut noyée par les acclamations du chauffeur, alors que l’automobile, ralentissant progressivement, s’arrêtait complètement devant la maison des Martens.
Mais Orville lut sur ses lèvres, et alors qu’il remettait ses sweetbreads, restés intacts, à Mme Burton, et sa bien-aimée à son oncle, son visage affichait une expression d’une joie angélique ; et lorsque M. Marten et le chauffeur l’aidèrent à monter les marches à huit heures précises, la main d’Annette chercha la sienne, et c’était une joyeuse bande qui s’assit à table pour déguster une grande, quoique quelque peu desséchée, dinde du Rhode Island.
“Le mariage aussi est un accident,” dit M. Burton.
The University Press, Cambridge, U. S. A.
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C’était un saut audacieux, presque impossible, et pourtant Annette le réussit sans incident, et, rougissante et excitée, elle s’assit devant M. Thornton sans renverser sa charge, qui s’avéra être des sweetbreads.
“Mademoiselle Badeau — Annette, je ne m’attendais pas à ce que les choses se passent ainsi, mais bien sûr votre tante s’en fiche, sinon elle ne vous aurait pas laissée venir. Nous ne courons vraiment aucun danger. Ce chauffeur a dû esquiver plus de convois au cours de la dernière heure que s’il l’avait fait pendant une année normale. On me dit que vous partez pour l’Europe demain matin, ce qui vous obligera à quitter tous vos amis. Maintenant, j’ai quelque chose de très important à vous dire avant votre départ. Non, merci, je ne veux rien de plus. Cette purée était très nourrissante. Je me suis foulé la cheville et je dois rester très tranquille pendant une semaine ou deux, peut-être jusqu’à ce que cette machine perde de sa puissance, mais à la fin de cette période, seriez-vous disposée à — ”
Orville hésita, et Annette rougit doucement. Elle posa les sweetbreads sur le siège à côté d’elle. Orville n’avait jamais paru aussi beau à ses yeux.
Il hésita. “Continuez,” dit-elle.
“Seriez-vous disposée à aller à Paris pour un voyage de noces ?”
La réponse d’Annette fut noyée par les acclamations du chauffeur, alors que l’automobile, ralentissant progressivement, s’arrêtait complètement devant la maison des Martens.
Mais Orville lut sur ses lèvres, et alors qu’il remettait ses sweetbreads, restés intacts, à Mme Burton, et sa bien-aimée à son oncle, son visage affichait une expression d’une joie angélique ; et lorsque M. Marten et le chauffeur l’aidèrent à monter les marches à huit heures précises, la main d’Annette chercha la sienne, et c’était une joyeuse bande qui s’assit à table pour déguster une grande, quoique quelque peu desséchée, dinde du Rhode Island.
“Le mariage aussi est un accident,” dit M. Burton.
The University Press, Cambridge, U. S. A.
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